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Peut-on réindustrialiser l'Europe avec les outils d'ingénierie des autres ? Stéphane Di Costanzo au SIANE 2026

« Réindustrialisation » : le mot était sur toutes les lèvres au SIANE, le salon de l'industrie qui s'est tenu au MEETT de Toulouse du 13 au 15 octobre 2026. Sur le plateau du salon, la question a été posée sans détour : l'Europe veut se réindustrialiser, mais en a-t-elle les moyens ? Ou est-elle condamnée à le faire avec des outils et des produits venus d'ailleurs, à commencer par les États-Unis ?
Stéphane Di Costanzo, co-fondateur et directeur général de Koddex, est venu y répondre. Voici ce qu'il a dit, et ce que cela change pour les équipes qui conçoivent du hardware complexe.
Quinze ans à créer des outils pour les équipes produit

Stéphane est ingénieur logiciel de formation. Pendant quinze ans, il a créé des outils numériques pour les équipes qui conçoivent des produits.
« D'abord dans le retail, sur des produits textiles, sportifs ou d'outillage, chez Kiabi, Decathlon et Leroy Merlin, où j'accompagnais ces équipes à concevoir leurs produits, à les créer et à les rendre viables pour les commercialiser », rappelle-t-il. « Ensuite, j'ai continué ma carrière dans l'industrie, et notamment dans la robotique, chez Exotec, qui construit les systèmes pour robotiser les entreprises. »
Le besoin que personne ne couvrait
En chemin, il a constaté un manque : toute équipe produit a besoin d'une information précise et continue, de la première idée au produit livré. Dans l'industrie, plus qu'ailleurs.
« On part toujours d'un besoin utilisateur pour le transformer en une solution viable », explique-t-il. « Dans l'industrie, on est confronté à un cadre réglementaire très important. Un besoin spécifique doit se projeter dans des spécifications techniques, dans un cadre légal de certifications, de régulations, de processus opérationnels qu'on est capable ou non de réaliser. Toute cette information doit être tracée de bout en bout. »
Et l'absence de cette trace coûte cher : « Une erreur faite en début de chaîne et constatée seulement en fin de chaîne ralentit énormément les cycles d'itération, et peut mettre en péril la mise en production du produit. »

La NASA a mesuré le même effet sur ses propres programmes : plus une erreur d'exigence est trouvée tard, plus elle coûte cher à corriger.
Coût relatif de correction d'une erreur d'exigence
Chaque métier travaille en silo, ses données aussi
La cause, pour Stéphane, ne tient pas aux personnes mais à l'organisation du travail. « Chaque corps de métier travaille en silo. Ils ont tous un métier très spécifique, très pointu, avec des outils pour les accompagner. Ces outils créent de la donnée, mais elle a beaucoup de mal à communiquer avec le reste, et personne n'a une image à 360 degrés du produit. »
Produit · grapheC'est ce problème que Koddex, fondée à Lille en 2024, s'est donné pour mission de résoudre. « Notre mission, c'est de permettre aux équipes d'ingénieurs d'accélérer leur temps de conception et de déploiement produit, principalement pour les systèmes physiques complexes dans les secteurs régulés. »
Un double numérique du produit, avec son contexte
La réponse : une plateforme qui agit comme un double numérique du produit. Pas une copie de la CAO, mais l'information du produit et tout ce qui l'entoure.
« On y retrouve toutes les informations du produit et tout son contexte », détaille Stéphane. « Pourquoi on l'a créé. À quelles normes il doit répondre. Où il en est dans son développement. Quels composants l'utilisent. Où on l'a déployé, et chez quel client. »
- Pourquoi l'a-t-on créé ?
- À quelles normes doit-il répondre ?
- Où en est son développement ?
- Quels composants l'utilisent ?
- Où l'a-t-on déployé ?
- Chez quel client ?
Le tout vit dans un graphe d'information, où chaque donnée garde son contexte : ce qu'elle est, et pourquoi elle est là. Deux conséquences.
D'abord, les ingénieurs de tous les métiers travaillent sur une source de vérité commune, au lieu de réconcilier des fichiers entre des services qui, comme l'a résumé l'animateur, ne parlent pas la même langue.
Ensuite, ils peuvent collaborer avec des agents IA autonomes. « Ce contexte est très important pour les agents », souligne Stéphane. Un agent qui sait pourquoi une exigence existe et quel essai la prouve peut préparer un vrai travail d'ingénierie, au lieu de deviner. L'agent réalise, l'ingénieur garde la décision, et chaque action est tracée.
Pourquoi c'est une réponse à la question de la réindustrialisation
Le plateau demandait si l'Europe peut se réindustrialiser avec des outils venus d'ailleurs. La réponse de Stéphane déplace la question : ce qui fait la vitesse d'un industriel, ce ne sont pas seulement les outils qu'il achète, c'est le fait que les données qu'ils produisent soient tracées, partagées et interopérables.
Chaque métier garde ses outils ; ce qui change, c'est que leurs données se relient enfin. C'est ce qui permet d'itérer sans perdre le fil, et de prouver sa conformité sans reconstituer le dossier à la main à la fin.
3 M€ pour aller plus loin
Quelques jours avant le SIANE, le 12 octobre 2026, Koddex a annoncé une levée de 3 millions d'euros en amorçage, menée par Breega avec la participation d'Exotec. Exotec, l'une des premières entreprises à faire tourner son ingénierie sur Koddex, avec plus de 1 000 licences, devient ainsi aussi investisseur.
La levée finance trois chantiers : renforcer l'équipe, multiplier les intégrations avec les logiciels d'ingénierie que les industriels utilisent déjà, et développer la prochaine génération d'agents IA. Côté commercial, elle soutient la croissance de Koddex en France et en Europe.
- Renforcer l'équipe
- Intégrations avec les logiciels industriels
- Agents IA
- Croissance en France et en Europe
Et demain
Le cap est celui que Stéphane a décrit sur le plateau : une source de vérité tracée, et des agents qui y travaillent dans les droits qu'on leur donne.
Concrètement, ce sont des agents qui préparent l'analyse d'impact d'un changement, mettent à jour la documentation et tiennent les preuves de conformité à jour, déclenchés automatiquement par une révision CAO, une release logicielle ou un document fournisseur, et toujours validés par un ingénieur.
Avec le Règlement Machines européen applicable dès le 20 janvier 2027, et des produits qui embarquent toujours plus de logiciel, le besoin décrit par Stéphane à Toulouse ne fait que grandir : savoir, à tout moment, ce qu'est le produit, pourquoi il est ainsi, et s'il est conforme.
Citations extraites de l'interview, légèrement retouchées pour la lecture. L'interview complète est à voir ci-dessus.


